Mythes et légendes de la pierre d'obsidienne
Une déesse aux ailes de lames, des larmes changées en pierre, un dieu qui porte un miroir à la place du pied : l'obsidienne traîne derrière elle un cortège d'histoires. Mais toutes n'ont pas le même âge, ni la même solidité. Voici les mythes et légendes de l'obsidienne, en distinguant celles qui sont attestées depuis des siècles de celles qui ont été inventées il y a cent ans, ou hier.

Deux familles de légendes
Avant de raconter quoi que ce soit, une distinction qui change tout. Les histoires attachées à l'obsidienne se répartissent en deux groupes que l'on mélange constamment :
Les traditions attestées
Documentées par des sources anciennes, des codex, des textes. On sait qui les racontait, quand, et dans quel contexte. Elles viennent presque toutes de Mésoamérique.
Les légendes récentes
Apparues au XIXe ou au XXe siècle, souvent dans la littérature de collectionneurs ou le commerce des pierres, puis présentées comme immémoriales.
Cette distinction n'enlève rien à la beauté des secondes. Une légende de cent ans reste une légende, et elle raconte quelque chose de vrai sur ceux qui l'ont inventée. Mais la présenter comme un savoir ancestral, c'est autre chose, et c'est très exactement ce que font la plupart des pages sur le sujet.
Je vends des pierres, donc j'ai tout intérêt à ce que leurs histoires soient anciennes et mystérieuses. C'est justement pour ça que je préfère dire quand elles ne le sont pas, sinon aucune de mes affirmations n'a plus de valeur.
Le berceau : la Mésoamérique

C'est là que se trouvent les seules traditions vraiment documentées. Chez les Aztèques, l'obsidienne, itztli en nahuatl, n'était pas une curiosité : c'était une matière centrale, dont on tirait des lames d'une finesse redoutable et des miroirs. Elle avait donc, logiquement, ses divinités.
Tezcatlipoca, le Miroir fumant
Le plus célèbre. Dieu de la nuit, du destin et de la sorcellerie, Tezcatlipoca porte un miroir d'obsidienne, tantôt au cou, tantôt à la place d'un pied, dans lequel il est réputé lire toute chose. Son nom signifie littéralement « Miroir fumant ». J'ai consacré un article entier à cette pratique divinatoire et à ce qu'on y voit vraiment : le miroir magique en obsidienne noire.
Itzpapalotl, le Papillon d'obsidienne
Beaucoup moins connue, et autrement saisissante. Itzpapalotl est une déesse-guerrière squelettique, reine des Tzitzimimeh, qui règne sur le Tamoanchan, un paradis associé aux enfants morts en bas âge et au lieu de la création des humains. Son nom se traduit par « Papillon d'obsidienne », et ses ailes sont bordées de lames.
Une nuance que les sites de lithothérapie omettent toujours : les spécialistes débattent de la traduction. Itzpapalotl peut aussi bien signifier « papillon aux griffes », et les lames de ses ailes sont décrites tantôt en obsidienne, tantôt en silex. La déesse est réelle ; sa lecture exacte l'est moins.
En clair, ce que ces figures ont en commun n'est pas la protection ou la douceur, mais le tranchant et la vision. L'obsidienne mésoaméricaine n'est pas une pierre rassurante : c'est une lame et un miroir. Les vertus apaisantes qu'on lui prête aujourd'hui n'ont rien à voir avec ces traditions.
Les larmes d'Apache

C'est la plus émouvante des légendes attachées à l'obsidienne, et sans doute la plus racontée. La voici, dans sa version courante.
Au début des années 1870, en Arizona, un groupe de guerriers apaches est encerclé par la cavalerie américaine au sommet d'une falaise, près de l'actuelle ville de Superior. Plutôt que de se rendre, les survivants se jettent dans le vide, le lieu porte depuis le nom d'Apache Leap. Le chagrin de leurs proches aurait été tel que leurs larmes, en touchant le sol, se seraient figées en pierres noires. Ce sont ces nodules arrondis d'obsidienne, qu'on trouve encore aux alentours, que l'on appelle larmes d'Apache.
Le détail qui rend le récit troublant est vrai : tenues devant une lampe, ces pierres sont translucides, d'un brun profond. La « larme » se voit vraiment dans la matière.
Reste la question qu'il faut poser. Cette histoire circule sous forme écrite depuis le XXe siècle, principalement dans la littérature des collectionneurs de minéraux et le commerce des pierres. Son ancrage dans une tradition apache authentique n'est pas établi, et les folkloristes y voient plutôt un récit moderne construit autour d'un épisode réel des guerres apaches. Cela ne la disqualifie pas : cela la situe.
Attention, derrière la légende, il y a une période de violences réelles contre les peuples apaches. Raconter cette histoire en la traitant comme un joli argument de vente serait déplacé. Elle mérite d'être dite avec ce qu'elle contient de gravité.
L'Europe et la pierre venue d'ailleurs

L'Europe n'a jamais eu de mythologie propre de l'obsidienne, pour une raison simple : elle n'en avait presque pas. Les gisements notables sont ailleurs, Mexique, Islande, Lipari. Ce qu'elle a produit, ce sont des récits de curiosité.
Le premier est celui de Pline l'Ancien, qui au Ier siècle attribue la découverte de la pierre à un certain Obsius, en Éthiopie. C'est de là que vient notre mot, et l'histoire de sa transmission réserve une surprise que je raconte dans que veut dire « obsidienne ».
Le second date de la Renaissance. Après la conquête espagnole, les miroirs d'obsidienne mésoaméricains arrivent en Europe comme objets exotiques et deviennent très recherchés. L'un d'eux échoue entre les mains de John Dee, astrologue d'Élisabeth Ire, qui s'en sert pour ses « conversations avec les anges ». Il est aujourd'hui au British Museum, et une analyse récente en a confirmé l'origine mexicaine.
Ce qui frappe, c'est le déplacement : une pierre du quotidien mésoaméricain devient, en traversant l'Atlantique, un objet magique. La magie n'était pas dans la pierre ; elle était dans la distance.
✦ Trois mille ans plus tard
Mes obsidiennes faites main
Chargement des créations…
Ce qu'on prend pour des légendes

Trois confusions reviennent si souvent qu'elles méritent d'être démêlées.
Les larmes de Pelé ne sont pas de l'obsidienne
On les rapproche constamment des larmes d'Apache. Ces gouttelettes de verre volcanique hawaïennes, nommées d'après la déesse Pelé, sont de composition basaltique, issues d'une lave pauvre en silice. L'obsidienne, elle, naît d'une lave riche en silice. Même famille lointaine, matières différentes.
Le verredragon est une invention littéraire
Dans l'univers de Game of Thrones, le verredragon, de l'obsidienne, est l'une des rares matières capables de tuer les Marcheurs blancs. C'est une trouvaille de romancier, née dans les années 1990, et elle a réellement relancé l'intérêt pour la pierre. Aucun lien avec une tradition ancienne.
Les « obsidiennes » qui n'en sont pas
Les obsidiennes bleues d'un bleu électrique, vendues avec des histoires de pierres d'Atlantide, sont presque toujours du verre fabriqué. La légende sert ici directement d'argument commercial : voyez prix et valeur de l'obsidienne.
Les légendes qui naissent maintenant

Le plus intéressant, c'est qu'on peut observer une légende en train de se former. En voici une, apparue avec les réseaux sociaux : « si votre obsidienne se brise, c'est qu'elle a absorbé trop de négatif et qu'elle vous a protégé ».
Le récit est parfait : il console, il donne du sens à un accident, et il pousse au rachat. Il a tout d'un mythe fonctionnel, et il a moins de vingt ans.
Ce qui se passe réellement est plus prosaïque. L'obsidienne est un verre à 5-5,5 sur l'échelle de Mohs, à cassure conchoïdale : elle se fend nettement sous un choc, comme une vitre. Et sur un bracelet, ce n'est le plus souvent pas la pierre qui lâche mais le fil élastique, usé par l'eau, le savon et la transpiration. Je le vois toutes les semaines à l'atelier.
Quand une cliente me dit « mon bracelet s'est cassé, il m'a protégée », je ne la contredis jamais : si l'histoire l'aide, elle lui appartient. Mais quand elle me demande pourquoi, je réponds la vérité, c'est le fil, et je peux le réenfiler.
Le remède est concret : retirer son bracelet avant la douche et le sport, et le faire réenfiler quand il se détend. Tout est dans mon guide nettoyer et entretenir son obsidienne.
✦ Faits main, sans légende
Mes bracelets en obsidienne
Chargement des créations…
Précautions & bonne pratique
Une seule règle, et elle vaut bien au-delà de l'obsidienne : demandez toujours d'où vient l'histoire. Une tradition documentée se rattache à une culture, une époque, une source. Une légende récente n'a pas de généalogie, et c'est précisément pour cela qu'on la présente comme « ancestrale », mot qui ne veut rien dire et n'engage personne.
Cela ne veut pas dire qu'il faut tout rejeter. Une histoire peut être belle et utile sans être ancienne, et les récits que nous nous racontons ont leur fonction. Il s'agit seulement de savoir ce qu'on tient dans la main. Si le sujet des vertus vous intéresse, il est traité dans protection et ancrage et dans le guide complet de l'obsidienne.
Bon à savoir, les mythes et vertus décrits ici relèvent de traditions spirituelles, de folklore et de la lithothérapie, une approche de bien-être fondée sur des croyances. Ils ne constituent pas une allégation médicale, ne soignent aucune maladie et ne remplacent jamais l'avis d'un professionnel de santé.
Questions fréquentes
Quelle est la légende de l'obsidienne ?
D'où vient la légende des larmes d'Apache ?
Qui est Itzpapalotl ?
Les larmes de Pelé sont-elles de l'obsidienne ?
Le verredragon de Game of Thrones existe-t-il ?
Que signifie une obsidienne qui se brise ?
Comment savoir si une légende est ancienne ?
Une obsidienne sans légende ajoutée
Bracelets, colliers, pendentifs et bagues en obsidienne naturelle, façonnés à la main en France, et décrits pour ce qu'ils sont.